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"En revenant de Barcelone" par Pierre Vidal

 

Pierre Vidal 
Journaliste indépendant, écrivain et auteur de plusieurs documentaires, Président du club taurin de Mimizan

L'homme est un loup pour l'homme

Ce fut un bel enterrement que celui de Barcelone et c'est bien de bien faire les choses. Les plus dignes dans cette affaire ? Les toreros,  premières victimes et premiers visés, ils se sont montrés à la hauteur, se surpassant même pour cette ultime page glorieuse de la Monumental.

La brèche est ouverte et ce sera dur de la colmater, car aux pleurs des 15 000 spectateurs, le téléspectateur lambda préférera les images des flots de champagne versés par les 30 anti-taurins. Au cri de Liberté! il faut ajouter celui d'Unité! et être déterminés.

La fin de la corrida limiterait-elle la violence? Rendrait-elle l'homme meilleur ? Protégerait-elle le toro de combat? Nous savons bien qu'il n'en est rien. Dans leurs méthodes mêmes, les antis le montrent quotidiennement: "l'homme est un loup pour l'homme" . A ceux qui haussent les épaules, aux autruches et aux poules mouillées nous disons: ce soir dans cette ville de Barcelone, qui se veut le phare de la modernité, nous avons assisté à un recul de la civilisation.

La crise du monde moderne

Philosophe méconnu, René Guénon écrivit un livre prémonitoire à la fin des années quarante, au sortir de la guerre : « La crise du monde Moderne ». Un livre à contre-courant des préoccupations de ses contemporains, tendus vers la reconstruction dans un effort qui eut pour conséquence les « trente glorieuses », époque faste où l’on sacrifia aux valeurs matérielles et qui est désormais derrière nous.

Pour Guénon cette Crise du Monde Moderne serait essentiellement une crise morale. Elle résulterait d’un déficit de spiritualité et une place excessive du matérialisme dans la vie individuelle et sociale. C’est un résumé d’une pensée complexe où les traditions orientales prennent une place importante. Si on considère que le monde de la corrida résonne des soubresauts de la société civile, c’est une hypothèse de travail intéressante.

La crise du rapport à la tauromachie, sa désaffection, le « désamour » du grand public à son égard ne sont-ils pas dus à la création de nouveaux centres d’intérêt et plus généralement au recul du spectacle vivant comme rite collectif ? Le virtuel succède à ces formes anciennes dont ne subsistent que les plus simples comme le foot, accessible à tous et en ce sens universel, en phase avec la mondialisation des rapports marchands.

Capitale du foot et du commerce il était assez logique que Barcelone éradique une pratique, la corrida, porteuse de valeurs opposées aux piliers sur lesquelles ses élites ont voulu bâtir leur monde nouveau. Mais la Crise du Monde Moderne est là. On ne trouve guère de recettes miracles pour y pallier : le marxisme s’est planté et le capitalisme n’est qu’un pis-aller.

Il faudra bien, comme Guénon nous y invite, se recentrer sur des valeurs spirituelles. c’est à dire cesser de céder à la fascination de l’objet et à la lutte pour sa possession. La Crise du Monde Moderne pourrait alors déboucher sur une sorte de régénération avec une valorisation nouvelle de la pensée, de l’émotion et de la pratique artistique. La corrida aurait alors sa chance. En attendant, compte tenu de l’enjeu, il n’est pas étonnant qu’elle soit l’objet de controverses violentes et victime de discriminations patentes.

 



La corrida est un patrimoine
culturel immatériel français
 

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