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Rencontre avec Elise Thiebault , lauréate du Prix Hemingway

   Lauréate 2020 (et première femme !)  du prestigieux prix Hemingway Elise Thiebaut signe une nouvelle touchante sur l’amour maternel et filial inconditionnels. Sans pathos et avec humour l’auteur nous entraîne sur le chemin des morts de sa mère dans un ballet narratif poignant où la corrida est omniprésente, éternelle allégorie de la vie et des combats que chacun mène…

 

Q : Le titre de votre nouvelle : « Un toro dans la reine » est d’emblée un hommage à votre mère, mais est-ce aussi un hommage appuyé aux combats de sa vie : Ceux contre les maladies mais aussi plus intimes comme sa séparation violente de votre beau-père qui l’a quitté pour une « jeunesse » ?

Cette nouvelle est inspirée par mon vécu, mais c’est aussi une fiction. J’ai voulu me glisser dans la peau de ma mère, voir le monde par ses yeux. J’ai mis en scène la petite fille et la femme qu’elle était, qui s’inventait aussi des histoires, qui se battait avec ses chagrins et ses démons, qui se sentait torero à l’intérieur.

Q : Quand votre mère vous explique sa vision de la tauromachie et de la corrida qu’elle compare au drame originel dont le toro serait en fait la femme dans sa puissance fécondatrice qui sort vainqueure dans la mort, pensez-vous qu’elle exprimait ses idées féministes ou était-ce une simple interprétation ?

Je ne crois pas que ma mère avait des idées féministes, contrairement à moi. Sa vision de la tauromachie était peu orthodoxe. Je crois qu’elle avait trouvé un moyen de me la présenter sous un jour que je pourrais aimer, moi qui ne partageais pas sa passion pour la corrida. Mais elle vivait aussi dans une nostalgie profonde de la puissance féminine, de la magie, des mythes où les femmes n’étaient pas soumises.  

Q : Et lorsqu’elle « ose » cette analogie entre le sang versé du toro et les règles des femmes, n’est pas une manière pour elle de sacraliser ce sang féminin fécondateur ? Et est-ce que cela vous « dérange », vous qui avez mené ce beau combat pour briser le tabou des règles et les désacraliser ?

Au contraire, j’ai trouvé cette image magnifique et très parlante, qui lui est venue après qu’elle ait lu mon livre. C’était en quelque sorte un hommage qu’elle me faisait de dire ça, et une façon de retourner le symbole. D’ailleurs, en ce qui me concerne, je n’ai jamais essayé ni de briser le tabou, ni de désacraliser les règles. J’ai plus modestement voulu l’explorer, le comprendre, et me réapproprier la puissance perdue par des années de déni et d’impensé autour des menstruations dans les sociétés patriarcales.

*Elise Thiebaut est l’auteure de deux ouvrages salués par la critique sur le sujet : « Les règles, quelle aventure ! » et « Ceci est mon sang : Petite histoire des règles »

Q : Vous dites n’être jamais allée voir une corrida ou du moins « jusqu’au bout », il y a une raison à ça ? Un « défaut » de transmission ?

J’ai toujours été un peu à part sur ce sujet dans ma famille et si cela faisait partie de ma culture et de ma vie à travers la passion de ma mère, je supporte difficilement d’assister à une corrida et je suis révoltée par la mise à mort. Ma mère a bien essayé de m’entraîner, mais je n’y arrivais pas : je partais toujours avant la fin. C’est peut-être un défaut de transmission, mais c’est aussi la preuve qu’on n’est pas seulement le produit de ce que sont nos parents. Les miens étaient communistes, et je ne le suis pas. Ils adoraient un certain cinéma d’auteur qui me sort par les yeux. Et on peut dire qu’ils se foutaient complètement de l’écologie qui est pour moi depuis toujours une préoccupation centrale. J’ai par contre hérité de leurs passions littéraires et musicales, de leur culture gastronomique (surtout celle de ma mère), de leurs convictions libertaires et de leur sens de l’humour. C’est déjà pas mal ! 

Q : Est-ce que les dernières volontés de votre mère vous ont étonnée ?

Pas du tout, c’était exactement elle de demander ça. Et, même, de me le demander précisément à moi, qui étais la seule à ne pas partager sa passion. A un moment, alors qu’on en parlait, je lui ai dit : « Sérieux ? Tu veux que je fasse ça ? Tu te rappelles que je suis portée sur la corrida comme toi sur la broderie anglaise ? Est-ce que tu ne devrais pas plutôt demander à un de tes amis aficionado ? » Et là, elle a répondu : « Ah, non, ça leur ferait trop de peine ! ». Moi, elle s’en foutait que je me trimballe avec ses cendres dans les arènes, mais ses amis de corrida, elle tenait à leur épargner ça…

 

Q : Vous racontez à la fin ce moment de grâce avec cet homme qui vous a vu disperser les cendres de votre mère dans les arènes…vous évoquez même ce fameux « duende » qu’évoquait votre mère : C’était peut-être un ultime message de votre mère non ?

Sans aucun doute, même s’il a plutôt inspiré mon écriture que cette scène complètement inventée dans les arènes.  

Q : Et aujourd’hui quand vous irez aux arènes voir une corrida, qu’allez-vous ressentir en sachant que l’ADN de votre mère est désormais présent pour l’éternité ?

Qui sait où est en réalité l’ADN de ma mère ? Et qui sait où je serai, moi, dans l’éternité ?



La corrida est un patrimoine
culturel immatériel français
 

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