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A propos de la chirugie taurine par Claude Giraud - Président de l'A.F.C.T.

I - HISTORIQUE

                  L’Association Française de Chirurgie Taurine (A.F.C.T.) est née officiellement le 4 septembre 1981 – déclaration à la Sous-Préfecture de Dax avec publication au Journal Officiel de la République Française des 14 et 15 septembre suivants – par la volonté d’une poignée de médecins aficionados désireux de mettre leurs connaissances et leur disponibilité au service de la fiesta brava.

                  Créé par Pierre DARAIGNEZ – Chirurgien à Dax et Président de 1981 à 1996 – l’A.F.C.T. compte trente ans plus tard, une centaine de membres – infirmiers, kinésithérapeutes, médecins, anesthésistes et chirurgiens spécialisés mais aussi personnalités du monde taurin – tous susceptibles d’apporter leur savoir, leur spécificité et leur enthousiasme à la vie de l’Association.

                  Si la passion demeurait le point commun qui unissait ces pionniers acceptant des moyens souvent rudimentaires et des locaux vétustes, très rapidement une prise de conscience et une volonté farouche de changer les choses ont permis de combattre la fatalité et les habitudes ancestrales, réussissant à faire admettre le principe que toutes les blessures provoquées par le taureau de combat étaient de première catégorie et que des moyens optimums devaient être mis en place dans toutes les arènes françaises, fixes ou portatives, et cela quelle que soit la qualité du spectacle avec mises à mort.

               Les accidents dramatiques survenus en Espagne dans le dernier quart du vingtième siècle ont facilité peu à peu l’action des présidents successifs de l’A.F.C.T. auprès des organisateurs et sous l’impulsion de Jacques LESTRADE – Chirurgien à Auch et Président de l’A.F.C.T. de 2000 à 2003 – permis d’intégrer l’UVTF pour adapter la partie médicale du règlement taurin municipal en prenant en compte non seulement les moyens mis en œuvre mais également la responsabilité civile professionnelle des membres de l’équipe médicale de chaque arène.

II – BUTS

               Si la fonction première de l’Association demeure l’assistance médicale apportée aux blessés de l’arène, victimes du taureau lors des spectacles avec mises à mort, il s’agit désormais d’un véritable contrat moral entre l’organisateur, public ou privé, du spectacle et les membres qui composent une équipe afin de permettre :

  • l’amélioration et l’entretien des systèmes de soins dans toutes les arènes françaises qui en font la demande et renforcer ainsi la sécurité des toreros ;
  •  la réalisation des gestes de première urgence sur place ;
  • le transport médicalisé d’un torero blessé vers une structure conventionnelle (hôpital ou clinique).

               Les membres de l’A.F.C.T. prennent ainsi en charge les soins urgents dans plus de 80% des arènes françaises, et les équipes, essentiellement hospitalières, qui interviennent dans les autres infirmeries, s’inspirent pour la plupart, de nos démarches, appliquant les principes sanitaires développés par l’Association.

               Membre de la Société Internationale de Chirurgie Taurine (S.I.C.T.), l’A.F.C.T. participe aux Congrès Internationaux qui réunissent tous les deux ans, les membres des sociétés colombienne, espagnole, équatorienne, française, mexicaine, péruvienne et vénézuélienne. Dans un esprit de convivialité et de partage, les nombreux participants échangent à travers publications, communications et tables rondes, leurs expériences respectives dans le seul but d’améliorer la prise en charge des toreros blessés.

            L’A.F.C.T. a été le maître d’œuvre dans l’organisation des Congrès Internationaux de Biarritz (P. DARAIGNEZ – 1988), Arles (J.P. SCHEINER – 1996) et Toulouse-Vic Fezensac (Cl. GIRAUD – 2004) et le bureau actuel prépare activement le XXème Congrès programmé en 2012 à Carcassonne.

             Mais les échanges se traduisent également chaque année au travers de journées scientifiques où interviennent régulièrement des personnalités du monde taurin permettant d’enrichir les rapports de solidarité et d’amitié entre les différents membres et surtout l’intégration des plus jeunes au sein des équipes médicales pour permettre, grâce à ce « compagnonnage », une meilleure approche de ces blessures spécifiques, « véritables blessures de guerre en temps de paix », bien loin de l’enseignement acquis sur les bancs de la faculté ou à l’hôpital universitaire et sans commune mesure avec les accidents de pratique civile.                                                                                                                               

III – FONCTIONNEMENT

               L’A.F.C.T. est gérée par un bureau directeur comprenant un minimum de sept membres élus pour trois ans, rééligibles, qui désignent ensuite un président et deux vice-présidents, respectivement pour le Sud-Est et le Sud-Ouest.

            Un journal, « EL QUITE », publié tous les six mois et un site Internet www.chirurgietaurine.fr, formidablement mis en place et géré par notre secrétaire, le Docteur Alain VIARD, représentent les traits d’unions pour la communication entre les membres mais sont aussi une source d’information et un lien avec les futurs membres, les clubs taurins et toutes les entités taurines, désireux de connaître ou de partager la vie de l’A.F.C.T. en découvrant ses statuts, son règlement intérieur mais également ses membres pour intégrer les équipes médicales en place, connaître les équipements techniques médico-chirurgicaux nécessaires ainsi que les conditions pour pouvoir bénéficier de la présence d’une équipe médicale complète en prévision d’un spectacle avec mises à mort et prendre conscience du problème crucial de la responsabilité civile professionnelle des membres de l’équipe en participant de manière forfaitaire à sa prise en charge.

               Ce problème de la responsabilité médicale accru par le principe de précaution qui prône le « risque zéro » a en effet progressivement gagné le domaine de l’infirmerie d’arène, rendant encore plus difficile la réalisation d’actes d’anesthésies et de chirurgie dans des structures qui, tout en étant « équipées » et bénéficiant de la présence de trois médecins spécialistes, anesthésistes et chirurgiens et d’une ou deux infirmières, et cela quelle que soit la catégorie de l’arène, n’atteindront jamais la conformité d’un bloc chirurgical, de la salle de réveil ou de l’unité de soins intensifs où nous exerçons chacun au quotidien dans nos hôpitaux et cliniques. Un peu comme si l’on demandait à un organisateur de proposer une corrida sur le parking de l’hôpital ou dans la cours de la clinique, afin de disposer de l’infrastructure médicale « accréditée » et cela, au détriment de la qualité du spectacle … Or, c’est bien ce paradoxe et ce dilemme qui est proposé à une équipe médicale sollicitée pour en quelque sorte concilier l’impossible, c’est à dire, prendre en charge des blessures, parfois gravissimes, dans des structures si différentes, pour ne pas dire opposées à notre quotidien où nous disposons notamment de tous les examens complémentaires modernes (échographie, scanner, résonnance magnétique …)

          Qu’il paraît loin le temps où le règlement espagnol faisant force de loi, y compris en France, « exigeait » de l’organisateur, la mise à disposition d’un local disposant d’eau, d’une table, d’un drap blanc et … des saintes huiles !!!

               Fort heureusement, la réalité est désormais toute autre. Doté d’une position privilégiée à proximité de la contre-piste, le chirurgien taurin va s’intéresser davantage aux cornes du taureau et à la position du torero plutôt qu’aux arabesques dessinées sur le sable de l’arène, car, lorsque l’accrochage survient, le mécanisme et les trajectoires doivent être rapidement appréhendés afin d’anticiper les lésions potentielles et réaliser souvent dans l’urgence les gestes qui sauvent. Car le facteur temps prend ici une importance vitale, raison pour laquelle l’infirmerie doit avoir à la fois un accès direct depuis la contre-piste mais également une porte sur l’extérieur où se tient toujours en alerte une ambulance médicalisée pour un transfert rapide vers une structure médico-chirurgicale conventionnelle.

             Mais c’est avant tout le travail d’une équipe motivée et enthousiasme qui permet une prise en charge adaptée où infirmières, anesthésistes et chirurgiens spécialisés, tous bénévoles, oeuvrent en symbiose et parfaite harmonie pour garantir le pronostic vital et fonctionnel du torero blessé gravement comme pour lui permettre, après une lésion « moins grave » de revenir dans l’arène affronter son second taureau de l’après midi après un parage chirurgical effectué sous anesthésie locale. Combien de toreros « figuras confirmées » ou de moindre notoriété ont ainsi tué des taureaux et coupé des oreilles avec des blessures fraîchement explorées, drainées et suturées, atteignant parfois quinze à vingt centimètres avec des trajectoires variées, toréant même avec une sonde urinaire comme si le corps et ses maux étaient restés dans la chambre de l’hôtel ou bien à l’infirmerie, comme mis entre-parenthèse, pour n’accorder d’importance qu’au toreo, à l’âme qui torée et aux triomphes … Combien de toreros, blessés, parfois sérieusement, mettent un point d’honneur à rester en piste pour terminer la faena, au risque d’aggraver leurs lésions, ne rejoignant l’infirmerie qu’après la mort du taureau.

               Cette prise en charge médico-chirurgicale que nous effectuons en faisant abstraction, ce qui n’est pas une mince affaire, de la personnalité et de la notoriété du torero blessé, de la pression de son entourage, inquiet à juste titre de la gravité potentielle de la blessure et de ses conséquences pour les contrats à venir, pour prendre dans l’instant, les décisions qui s’imposent, remettant à plus tard les réponses aux questions des médias et à la curiosité du public, ce public qui comme les médecins, assiste en direct et participe à cet art dramatique qu’est la corrida.

            Mais cette position privilégiée dans la contre-piste, si elle nous prive parfois de la dimension esthétique d’une fanea qui nécessite plus de « hauteur » et de recul pour être pleinement appréciée, nous permet à l’inverse d’être le témoin involontaire d’analyses perspicaces des professionnels de l’arène sur le comportement du taureau en piste seulement depuis quelques secondes, de connaître, voire de partager les états d’âme de tel ou tel torero pris par la crainte et les doutes des jours sans comme déterminé et avide de triomphe les jours où tout lui sourit. Cette situation, qui, au fil du temps crée des liens d’estime réciproque entre ces hommes aux costumes brodés d’or ou d’argent et les médecins, quand les regards complices et les « abrazos » en disent beaucoup plus que de longs discours mais engagent peut-être davantage nos responsabilités avec ces hommes surnaturels que nous admirons pour leur détermination, leur courage, leur victoire du combat de la vie contre la mort, leur profond respect du taureau qu’ils vénèrent et qu’ils grandissent dans l’affrontement et les bonheurs qu’ils nous procurent en distillant cet art éphémère et cette esthétique intemporelle qui s’évanouit au fur et à mesure qu’elle se dessine sur le sable de l’arène.

               Les membres de l’A.F.C.T., en véritable aficionados, n’oublient jamais pourtant que le taureau reste un animal de combat qui va exprimer partout ses qualités et ses défauts avec la même force, quelle que soit l’expérience ou la valeur du torero car toutes les cornes apportent le danger. L’histoire de la tauromachie nous rappellent que des taureaux qualifiés de « petits » aux cornes « commodes » ou « afeitées » ont malheureusement pris la vie de banderilleros modestes comme de toreros illustres …

            Et si les critiques et craintes justifiées, exprimées par Luis Miguel DOMINGUIN dans les années cinquante dénonçant ainsi les « plazas de mala muerte » où il fallait refuser de fouler le sable ne paraissent désormais plus d’actualité de part et d’autre des Pyrénées, c’est vers un véritable professionnalisme que doivent tendre les membres de l’A.F.C.T., à l’instar de leurs collègues espagnols car les responsabilités assumées le justifient pleinement.                                                                                                         

               Permettre à des toreros blessés de reprendre le plus vite possible le chemin de l’arène, telle est la philosophie et la motivation des membres de l’A.F.C.T. qui prodiguent des soins diligents, attentifs et consciencieux à des hommes adulés par le monde de l’aficion.

               Devant faire preuve d’une grande rigueur et d’une abnégation sans faille, notre présence bénévole et indispensable ne doit pas nous dispenser de modestie et d’humilité tant notre rôle est difficile au sein de chaque infirmerie d’arène. Tel est le message à transmettre à la jeune génération appelée à renforcer les équipes dans les nombreuses arènes du Sud-Est et du Sud-Ouest avant de prendre la relève pour poursuivre la route tracée .…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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