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La Course Camarguaise

Historique par Estelle Rouquette

 

RaseteurLes taureaux noirs élevés en Camargue pourraient s’apparenter aux bovins qui peuplent l'Asie et l'Europe Méridionale, ils pourraient aussi descendre d’un aurochs ayant vécu au Quaternaire en Afrique, en Espagne et en France.

Si la présence des taureaux dans le delta du Rhône est relatée de longue date[1], son emploi pour les jeux taurins tels que nous les connaissons aujourd’hui ne se développe qu’au milieu du 19ième  siècle, parallèlement à l’introduction de la tauromachie espagnole en France qui  initie la constructions d’arènes[2] dans les grandes agglomérations.

La course camarguaise contemporaine est issue de pratiques taurines initiées en milieu rural dans le delta du Rhône, zone de pâturages du taureau camarguais. Jusqu’à la fin du 19ième siècle, les grands domaines agricoles possédaient quelques taureaux destinés aux travaux agricoles et lâchés le reste du temps dans les zones humides et salés (roselières et sansouiro) dont ils assuraient l’entretien en pâturant. Ce troupeau vivant à l’état semi-sauvage était appelé la manado, du mot employé en langue Provençale pour désigner le contenu d’une main et qui nous indique la faible quantité de bétail représentée. Contrairement à l’élevage du mouton Mérinos d’Arles qui constituait le capital des domaines jusqu’aux années 1950, l’élevage de taureau n’était pas une activité à part entière.

Cependant, l’état semi-sauvage de ces bœufs et leur rapidité à la course a initié des jeux très appréciés des populations des domaines agricoles où des villages qui en faisaient la principale attraction des moments de fête. Des ronds ou plans de charrettes étaient provisoirement aménagés à cet effet[3].

Il faudra attendre la médiatisation du taureau camarguais entreprise dès les premières années du 20ième siècle par Folco de Baroncelli et ses émules, pour en faire l’animal symbole du territoire qu’il occupe et favoriser ainsi la reconnaissance de tout son environnement. Le gardian, sa selle et son cheval, le manadier, leur habillement, leur lieu de vie et les paysages où ils évoluent sont médiatisés par les arts et la littérature tout au long du 20ième siècle, alors que la Camargue, jusque là peu appréciée, fait l’objet de mesures conservatoires.

La tauromachie camarguaise profite de ce développement favorable et se formalise dès les premières décennies du 20ième siècle, à travers la course libre qui se réglemente pour  offrir à l’élevage une forme de reconnaissance par le public. Cependant, l’abrivado, la bandido, le taureau à la bourgine (corde) formes de pratiques plus anciennes continuent à rassembler les populations locales, autour de plans fermés par des barricades, dans la rue ou dans les près.

Des près aux plans de charrettes en passant par les rues de village, le taureau de Camargue devient roi d’un territoire, gagne le statut de taureau alors qu’il est un bœuf puisque castré et gagne ses lettres de noblesses en entrant dans l’arène aux côtés de son cousin espagnol le toro bravo. Mais si l’arène leur est commune, les formes tauromachiques auxquelles ils sont destinés sont distinctes.

La course Camarguaise au 21ième siècle

Aujourd’hui, les élevages, appelés « manades »,se destinent à la tauromachie pratiquée en Languedoc et en Provence, nomméecourse camarguaise. C'est un élevage extensif en zone marécageuse dont la viande est reconnue par un label AOC. La "raço di biòu" (en langue d’Oc) est plus petite, plus nerveuse et plus rapide que sa cousine espagnole. Elle est élevée en mode semi-sauvage. Les mères vèlent seules, en pleine nature. En dehors du marquage au fer des veaux de 1 an et de la surveillance sanitaire, l’éleveur intervient peu. Sa taille et sa légèreté (1,20 m pour 250 à 350 kg) accordent au taureau camarguais une aptitude à la course. Ses cornes sont en croissant, en gobelet ou en lyre, très relevées.

La course camarguaise se déroule dans les arènes. Une cocarde rouge est fixée sur le front du taureau par une ficelle allant d’une corne à l’autre. Sur chacune d’elles, deux glands blancs. Les trois attributs, cocarde, glands et ficelle, sont les éléments clef de la course camarguaise. A l’entrée du taureau cocardier en piste, ils vont être annoncés dans cet ordre, celui où les raseteurs doivent les enlever dans la course, avec leur valeur en euros.

Les raseteurs vêtus de blanc, bravent le taureau afin de récolter ses attributs à l'aide d'un crochet métallique en forme de peigne. La cocarde, les glands et les ficelles sont primés par les spectateurs sous forme d’enchères annoncées au micro[4]. Par ailleurs, ils rapportent des points aux raseteurs qui concourent pour des trophées. Le thème de « Carmen » (opéra de G. Bizet) retentit pour les « coups de barrières » des taureaux (lorsqu’il poursuivent l’homme jusqu’à la barrière ou au delà), les rasets de qualité et pour saluer l’entrée au toril de celui qui a accompli une belle course.

Les taureaux dits « cocardiers » sont des stars, au même titre que les raseteurs. Comme eux, ils peuvent accomplir des carrières de 10 ans environ.

Chaque année, trois « trophées » rassemblent les « afeciouna » (passionnés) autour des arènes : la Cocarde d'Or d'Arles (80ième édition en 2011), la Palme d'Or de Beaucaire et la finale du Trophée des As qui a lieu, en alternance, à Nîmes ou à Arles. Ils marquent les temps forts de la saison qui débute aux Rameaux (mars) pour finir à la Toussaint (novembre). Une centaine d'arènes proposent ce programme sportif dans les départements de l'Hérault, du Gard, des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse. Un petit millier de courses a lieu chaque année, tous niveaux confondus.

Cette tradition se pratique sur l’aire des anciennes transhumances repérable aux arènes dont les dimensions varient selon l’importance de l’agglomération.

 

La course Camarguaise en chiffres[5]

Cette tradition qui vit grâce à la passion de bénévoles, génère et maintient des centaines d’emplois dans différents secteurs économiques (agriculture, pharmacie vétérinaire, restauration, médias...).

La moyenne des spectateurs le week-end est de 17 000 personnes sur la totalité des spectacles.

- 7 % des spectateurs à moins de 20 ans

- 15 % des spectateurs à moins de 30 ans

- 15 % des spectateurs à moins de 40 ans

- 63 % des spectateurs à plus de 40 ans

Le coût moyen d’une course est de 4000 €.

Pour tous ses acteurs, la course camarguaise est une véritable passion. Pour les raseteurs, elle est un complément de revenu risqué, pour beaucoup de manadiers elle est un lourd poids économique.

Rares sont les acteurs qui vivent uniquement de cette passion.

L’élevage du taureau de Camargue coûte de plus en plus cher. Les manadiers ont un besoin important en surface de pâturage auquel ils n’arrivent pas à répondre du fait de l’augmentation du nombre de manades.

Les prix à l’achat ou à la location augmentent et les manadiers doivent recourir à l’emprunt.

En contrepartie des 6 millions d’euros que génèrent les primes et l’activité touristique, les manadiers doivent investir dans des équipements (salles, terres...). En Camargue il y a, environ 142 manades qui comptent en moyenne de 150 bêtes représentant un total de quelques 21000.

La Course Camarguaise génère un poids économique de 27 millions d’euros, ce chiffre est lié en grande partie à la passion et au travail de milliers de bénévoles. En 2007, la Fédération française de la course camarguaise, créée en 1975, comptait 2800 licenciés (1683 en 1999).

L’activité d’élevage représente un poids global annuel de 6 940 613 €.

 

Estelle Rouquette
Conservateur du Musée de la Camargue,
Parc Naturel Régional de Camargue
Avril 2011


[1] Pierre Quiqueran de Beaujeu (1522-1550) - Louée soit la Provence, présentée par Véronique Autheman, ACTES SUD 1999. Il y décrit les ferrades vers 1540, dans les plaines de Meyran, près d’Arles et parle de troupeaux de 500 taureaux. "Tous ces gens attroupés sont armés d’une même sorte de pique, laquelle est ainsi faite, que pour tant de coups qu’on en rue contre les taureaux, elle ne les offense point... On en a pourtant approuvé l’invention comme la plus propre à pousser et à repousser cet animal... "

En 1596 Thomas Platter, voyageur anglais, relate : « on rencontre de grands troupeaux de bœufs et de taureaux qui paissent en liberté ; des hommes, montés sur de petits chevaux agiles les poussent avec de longues perches à trois pointes vers des enclos et avec le concours de curieux on les marque au fer rouge. »

[2]A Nîmes et à Arles, la corrida bénéficie du dégagement des arènes romaines, auparavant encombrées d’habitations, qui renouent avec les spectacles taurins dès le milieu du 19ième siècle.

[3] Lors de son séjour à Arles, en 1889, Vincent Van Gogh s’étonne de l’engouement de la population des Saintes-Maries-de-la-Mer pour les jeux taurins et relate les lâchers de taureaux à son frère Théo.

A voir : les arènes mobiles d’Aigues-Mortes formée à l’extérieur des remparts par la réunion de « théâtres » appartenant aux familles de la ville.

[4]    * La cocarde, contrairement à ce qu'indique son nom, est un ruban de couleur rouge d'une dimension de cinq à sept centimètres de longueur et de un centimètre de largeur. La cocarde se trouve attachée à l'aide d'une ficelle sur le haut de front du taureau et au centre.

    * Le gland est en fait un pompon de laine blanche. Il y en a deux car accrochés par la ficelle à la base de chaque corne.

    * La ficelle qui est le dernier attribut à enlever est en fait enroulée autour de la corne avec un nombre de tours variable et déterminé par le classement du taureau.

[5] Cf le site de la Fédération française de la Course camarguaise www.ffcc.info

La course camarguaise à été inscrite à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France le 3 septembre 2008. Lire ici la fiche d'inscription.

 



La corrida est un patrimoine
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