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José Tomás a présenté à Paris "Dialogue avec Navegante"

Lundi 9 septembre 2013 à Paris, à la Maison des Cultures du Monde, à l’invitation des éditions "Au diable vauvert" et de la fondation José Tomás, l’ouvrage « Dialogue avec Navegante » a été présenté avec la participation de l’auteur de ce dialogue, le matador José Tomás.

Le théâtre de l’Alliance Française était bondé et parmi l’assistance se remarquaient, entre autres, impossible d’être exhaustif, Florence Delay, de l’Académie française, Lucien Clergue, membre de l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France, le philosophe Francis Wolff, Araceli Guillaume-Alonso (historienne, professeur d’études ibériques à l’Université de Paris IV-Sorbonne), Florence Aubenas, Christophe Lambert, Sylvain Attal, Christophe Tardieu et Brigitte Lefèvre - respectivement directeur adjoint et directrice de la danse de l'Opéra de Paris -, Bernard Murat, Catherine Clément, Catherine Millet et Jacques Henric (Art Press), Christian Dedet (écrivain), Philippe Lançon (écrivain et chroniqueur à Libération), Michel Dieuzaide, Pierre Giacometti....
Et, pour les politiques, Hélène Mandroux, maire de Montpellier, Françoise Dumas, député du Gard, ...
Parmi les personnalités du monde taurin étaient présents, la rejoneadora Marie Sara, les matadors Javier Valverde, Swan Soto, Julien Lescarret, les organisateurs Robert Margé et Didier Lacroix, Dominique Perron (président des Clubs Taurins Paul Ricard), des membres des divers clubs taurins de Paris …

Denis Podalydès, préfacier du "Dialogue avec Navegante" devait intervenir en fin de soirée, sortant du théâtre de l'Odéon où il venait de lire son dernier ouvrage "Voix off" (Mercure de France (septembre 2008, Prix Femina Essais). Ici, il a donné lecture du sublime dialogue écrit par José Tomás, obtenant la parfaite communion d'un public à la fois enthousiaste et subjugué, parfaitement sensible à la dense profondeur de ce texte.

Outre, François Zumbiehl, qui a présenté le contenu du livre et qui en est l’un des co-auteurs, l’Observatoire National des Cultures Taurines était représenté par Francis Wolff, Reynald Ottenhof, Vincent Bourg "Zocato", Guillaume François, Jean-Jacques Dhomps.

Pendant les entractes, Julien Lescarret et Javier Valverde qui, après Bayonne, viennent d'ouvrir une boutique, 5 rue Lobineau à Paris dans le 6ème, faisaient déguster leurs délicieux "jamones y embutidos de patas negras" tandis que la maison Ricard distribuait boissons anisées et Lillet.

Sommaire :

Communiqué de presse

Introduction de Marion Mazauric

Présentation de François Zumbiehl

Ce qu'a dit José Tomás

Vidéo de France 3  - Languedoc-Rousillon - "Signes du toro"

Vidéo de Feria TV

Fiche bibliographique

 

 

Au diable vauvert

Dialogue avec Navegante, Paris, 9/12/2013

 

Communiqué de presse
 

La présentation de l’édition française du livre Dialogue avec Navegante a eu lieu le 9 décembre à Paris, au Théâtre de la Maison des Cultures du Monde, en présence du maestro José Tomás, venu spécialement du Mexique pour l’occasion. Sont intervenus Marion Mazauric, directrice des éditions Au Diable Vauvert, qui a précisé la signification de l’événement et la portée de cet ouvrage publié en France – contribution originale à la liberté de penser, de sentir et de créer –, François Zumbiehl qui a présenté le contenu du livre et les différents points de vue des auteurs inspirés par le vécu du maestro – parmi lesquels Mario Vargas Llosa – et Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie française, qui a lu le « Dialogue » de José Tom‡s. Des extraits de la corrida historique du 16 septembre 2012, à Nîmes, ont été projetés.

Devant une assistance nombreuse où se retrouvaient des membres de l’Observatoire national des cultures taurines, des membres des clubs taurins de Paris, d’éminents écrivains, artistes et universitaires, José Tomás, dans son intervention, a évoqué toutes les questions qu’il se pose, jour après jour, « en conversant et en les partageant avec tous les Navegantes qu’il lui revient d’affronter. » Il a tenu, en outre, à rendre hommage à l’engagement de l’aficiôn française, et en particulier à la mobilisation de l’Observatoire et de l’Union des Villes Taurines de France, pour l’inscription de la corrida au patrimoine immatériel de notre pays, pour sa légalité renforcée par le Conseil Constitutionnel, et pour la défense des libertés culturelles.

 

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Au diable vauvert
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Introduction de Marion Mazauric,
directrice des éditions Au diable vauvert

Bonsoir.

Je voudrais avant toute chose et en notre nom à tous, remercier le maestro Jose Tomas de nous faire l’immense honneur de sa présence, ici ce soir, à Paris.

Le remercier avec la plus grande gratitude d’avoir fait spécialement l’aller­retour du Mexique pour venir ici à Paris ce soir présenter Dialogue avec Navegante aux lecteurs français.

Et merci à vous tous d’avoir répondu si nombreux à notre invitation, et d’endroits aussi éloignés, merci aux personnalités, académiciens, professeurs émérites, écrivains, philosophes, artistes et élus de la République, qui nous font l’honneur d’être là, et aux amis fidèles qui nous ont aidé à vous offrir ce moment, et je salue la famille du grand Paul Ricard qui nous a fait l’amitié d’être présente ce soir, mais aussi les délicieuses Viandas de Salamancas, qui, après Bayonne, inaugurent aujourd’hui leur boutique parisienne. Ils apaiseront tout à l’heure l’émotion des mots et des images en nous offrant liquide et solide.

Ce soir n’est pas une soirée ordinaire.

Mais il n’est pas ordinaire qu’un texte de quelques pages, avant même sa publication éveille des échos aussi nombreux, aussi lointain, aussi profonds.

Pas ordinaire qu’un immense artiste, un de ces artistes dont la grâce a touché même ceux qui ne l’ont pas vu, une légende vivante du toreo, nous fasse de surcroît la grande surprise, et la grande joie, de recourir aux mots, lui qui ne parle pas, et avec le respect, l’attention et la délicatesse parfaite qu’il met à déplacer son corps et dessiner les passes, avec cette même pureté, où tout ce qui n’est pas nécessaire est superflu, où tout ce qui est dit résonne de sens, où le mouvement même est immobile.Pas ordinaire qu’un si court discours marque les esprits si fortement qu’il suscite des échos élevés, nombreux, et aussi longtemps.

Pas ordinaire qu’une fable animalière de quelques pages, adressée en rêve au taureau qui a failli vous tuer, inspire à un Prix Nobel de littérature, Mario Vargas Llosa – qui, même absent, est à nos côtés ce soir -, aussitôt la réponse littéraire, la réponse philosophique, de l’animal à l’homme.

Que ce texte circule partout dans la presse, les assemblées.

Que les écrivains s’en emparent ou le citent, comme Simon Casas - car il n’est pas ici l’organisateur de ferias visionnaire ou le producteur de torero enthousiaste qui accompagne ce soir son poulain au Mexique - mais l’écrivain bouleversant qui nous a avoué sa corrida parfaite.

Pour tous ceux qui l’ont entendu, ce texte est apparu comme, ce sont les mots de Denis Podalydès dans sa préface, « une preuve éthique de la tauromachie en tant qu’art » et d’un art vivant.

Grâce à l’attention fidèle du Président de la fondation Jose Tomas, le médecin et subtil intellectuel Rogelio Perez Cano, et de l’anthropologue, auteur et ancien directeur adjoint de la Casa velasquez à Madrid, François Zumbielh, qui en fut l’artisan éclairé avec Araceli Guillaume, également présente ici ce soir, ce Dialogo con Navegante, assorti de la réponse du taureau au torero et enrichi des contributions d’intellectuels français, espagnols et mexicains prestigieux, est devenu un livre, publié en mai dernier par les éditions Espasa, et ce livre a connu un succès populaire historique en Espagne.

La fondation Jose Tomas souhaitait publier ce livre en France, peut-être plus encore qu’en Espagne : la France est le pays qui a reconnu la tauromachie comme partie intégrante de son patrimoine immatériel et culturel. Les éditions Au diable vauvert sont fières de publier un tel livre, et je remercie les éditions Espasa et Rogelio Perez Cano de nous avoir accordé leur confiance.

Et, avec la fondation Jose Tomas, nous tenions à présenter ce livre, ici, à Paris.

Présenter dans la capitale française, ce livre publié au diable vauvert, c’est à dire vers Nîmes, et autour d’un artiste espagnol et d’une culture du sud, parce que l’art de José Tomas, qu’il soit de mots ou de muleta, parle au genre humain.

Parce qu’il appartient au sud, donc à nous tous, et que son œuvre circule bien au delà d’elle-même, et modifie les âmes bien au delà de l’art dans lequel elle s’exerce, comme toutes les œuvres d’art modifient tous ceux qui les regardent.

Nous voulions aussi présenter à Paris, donc à la nation, une part d’elle qu’elle méconnaît, lui en montrer la profondeur et la qualité, et inviter les lecteurs du pays entier à découvrir ce livre, qui n’est pas un traité sur la tauromachie, mais une réflexion à plusieurs voix sur l’artiste, la condition humaine, le courage d’être, la liberté de mettre sa vie en jeu, l’animal et l’homme.

Et puis nous voulions rappeler et affirmer, depuis Paris, que les livres sont là pour toréer les interdits, les anathèmes, les menaces, les dogmatismes. Les livres créent de la liberté, du lien et de l’intelligence humaine. Ils sont la liberté de penser.

Et il me semble à moi qui fréquente les arènes, que c’est la noblesse et la responsabilité de notre métier d’éditeur que de publier, et de le rappeler, quand la liberté de penser est menacée.

Voilà je crois la raison pour laquelle Jose Tomas s’est exceptionnellement détourné du chemin absolu qui est le sien pour être là, et conférer par sa présence un caractère historique à cette soirée.

Parce qu’il est un artiste pour qui vivre sans son art n’est pas vivre, et qui engage totalement sa vie dans chacune de ses créations.

Et que nous ne sommes ici finalement pour rien d’autre que la liberté capitale de vivre et de créer.

François Zumbielh va maintenant présenter les auteurs de ce livre et leurs contributions.

Après cela, Jose Tomas nous fera le très grand honneur de prendre la parole. Vous pourrez lire son texte sur l’écran derrière lui.

Nous verrons ensuite, et c’est une chose exceptionnelle, quelques extraits de la corrida parfaite, la légendaire corrida donnée par l’empresa Casas le 16 septembre 2012 dans les arènes de Nîmes, au cours de laquelle José Tomas affrontait six taureau de six élevages différents, quatorze mois après sa réapparition quasi miraculeuse après la gravissime blessure d’Aguascalientes. Le film a été réalisé par Joël Jacobi avec des images de France 3 et le maestro nous a fait le privilège immense d’avoir autorisé sa réalisation pour une diffusion unique, ici, ce soir.

Enfin Denys Podalydès, juste sorti de l’Odéon lira, pour conclure cette soirée, le texte autour duquel nous sommes rassemblés, ce dialogue nocturne du matador avec le taureau Navegante, qui lui arracha fémorale et saphène dans les arènes d’Aguascalientes, au Mexique, le 24 avril 2010.

Présentation de François Zumbiehl, anthropologue, auteur

À la fin de son discours, qui constitue le noyau et le titre de ce livre, José Tomâs s’excuse presque de faire parler, après bien d’autres, un animal. Il est pourtant le mieux placé pour cela, car il ne fait qu’élargir et prolonger avec des mots ce dialogue souterrain, fait de gestes et d’appels, que le torero ne cesse de tisser avec un taureau dans l’arène. C’est à toutes les composantes de ce dialogue si riche et si complexe qu’il nous invite à être attentifs, lecteurs et auteurs qui, sur les pas du matador, avons essayé d’éclairer plus particulièrement un aspect de ce chemin de complicité.

Comme beaucoup d’entre nous, Denis Podalydès, dans la préface, reste encore ébloui par le halo de la corrida nîmoise. Il reproduit en spectateur ce qu’indiquait déjà un très grand artiste du toreo - Pepe Luis Vâzquez - pour l’avoir éprouvé dans la chair de sa mémoire : les plus belles journées sont celles dont on ne peut presque rien retenir, soit par excès de flou, soit par surabondance de détails ; celles dont on ne sait au juste si on les a vécues ou rêvées, ce qui permet d’ailleurs d’associer dans ce rêve tous ceux qui n’étaient pas là et à qui on le raconte. « Nous étions tous à Nîmes, le 16 septembre 2012 », conclut Podalydès.

Mario Vargas Llosa s’est chargé de faire répondre Navegante et, à travers lui, tous les taureaux de corridas. Il note au passage que celles-ci ne sont que la résurrection d’une relation plurimillénaire, préhistorique même, entre l’homme et cet animal. Le respect dû à cette ancienneté, et à tout ce qu’elle implique, est peut-être ce qui fait que le taureau s’adresse ici au matador en le vouvoyant - « Usted » en espagnol. Mais l’histoire ne doit pas nous induire en erreur. Entre les antiques jeux du cirque et la tauromachie, aux dires du taureau et de Vargas Llosa, il existe une différence fondamentale : celle-ci entretient une confrontation unique et féconde entre le réel de la bête et l’imaginaire de l’homme. Par la corrida le taureau brave existe - car il n’existe pas ou plus dans les pays sans corrida, fait remarquer le Prix Nobel ! - et par elle il est, dans toute l’acception du terme ; il est par tout ce qu’exprime sa bravoure, qui autrement resterait lettre morte. Au torero, au contraire, il revient de faire surgir l’inconnu ; de construire, à la différence de Thésée, le labyrinthe de sa faena dans laquelle va se livrer et se perdre ce dernier Minotaure, d’imaginer la beauté susceptible de retarder l’écoulement du temps, et de donner l’illusion que la mort elle-même suspend son vol.

Avec Luis Abril, auteur de la préface de l’édition espagnole, c’est l’ami très proche qui parle, celui qui a vécu toutes les angoisses de la terrible blessure d’Aguascalientes infligée par Navegante, et qu’il nous fait ici revivre. Il suggère, avec raison, que la réflexion de Vargas Llosa n’aurait pas été la même s’il n’avait pu assister à la corrida de Nîmes, et que la prestation de Tom‡s n’aurait pas eu cette profondeur, pour lui et pour nous, si elle n’était comme une réponse au drame d’Aguascalientes et à la rencontre avec Navegante.

Paco Aguado, écrivain et collaborateur de nombreux médias taurins, essaie, à son tour, de décrypter le sens de cette confrontation avec « ce mythe pourvu de cornes », venu du fond des âges. Après José Tomás, il reconnaît que « tout est pour de vrai dans l’arène, mais en même temps qu’il n’y a pas de vérités immuables ; chaque artiste peut découvrir la sienne, et nous la faire découvrir, pourvu qu’il ne mente pas au public, et d’abord qu’il ne se mente pas à lui-même. Tel est, à son sens, la principale dimension éthique du toreo ; une dimension à laquelle José Tomás a donné sa pleine mesure au cours de ses deux corridas de la San Isidro à Madrid, en 2008. Comment ne pas évoquer surtout celle du 15 juin, où un combat haletant transforma le torero en Ecce homo ensanglanté, non pas morbide, mais poursuivant jusqu’au bout son engagement artistique et existentiel ? C’est tout le sens de l’affirmation de José Tom‡s : vivre sans toréer n’est pas vivre.

S’appuyant sur la décision de José Tomás, exprimée à la fin de son discours, de faire servir son Prix Paquiro à une entreprise de solidarité, Araceli Guillaume-Alonso, historienne et professeur d’études ibériques à l’Université de Paris IV-Sorbonne, retrace le lien multiséculaire entre le spectacle taurin et la bienfaisance – la beneficencia. La corrida a été souvent en butte aux interdits des pouvoirs politiques et religieux. L’inutilité du risque encouru par les hommes, plus encore que la mort infligée à l’animal, a été dénoncée comme un désordre. Face à ces condamnations – et un peu, il faut bien le dire, pour les détourner – les organisateurs et les professionnels du spectacle ont eu à cœur de démontrer que celui-ci pouvait être un instrument de solidarité sociale, au bénéfice des plus démunis. Peu à peu cette action solidaire s’est élargie dans ses contenus et dans ses finalités. José Tomás, après d’autres – souligne Araceli Guillaume - a su transformer cet altruisme, enraciné dans la culture taurine, et l’orienter sur des objectifs davantage en relation avec les défis de la société contemporaine.

Une voix mexicaine survient logiquement, celle d’Agustín Morales Padilla, directeur du quotidien Hidrocâlido d’Aguascalientes, pour rappeler que le torero a effectué dans ce pays ses années d’apprentissage et obtenu ses premiers contrats. Il revient à son tour sur cette douloureuse après-midi d’Aguascalientes dont il a été témoin. Il décrit l’onde de choc et d’angoisse qui s’est répandue sur l’arène, les va-et-vient désordonnés à la porte de l’infirmerie, l’élan spontané de la foule pour le don du sang.

Venant également du Mexique l’anthropologue Natalia Radetich nous propose sa défense – et illustration – de la fête taurine. Elle décline la syntaxe de la passe et les éléments de son pouvoir d’émotion : « citer, faire passer, se séparer du taureau », c’est-à-dire de la mort que l’on détourne du même coup. Elle voit dans l’exclamation rituelle du « olé », l’écho du public qui tente d’accompagner et de conjurer, en même temps que le torero, l’évanescence de la beauté qui meurt avec la passe. Elle remarque que la corrida est une cérémonie à l’ordonnance rigoureuse, et que pourtant l’essentiel est imprévisible, et d’abord le fait que le sacrificateur – le torero –peut tout à coup devenir la victime. Elle tente, enfin, d’expliquer pourquoi la tauromachie prend à rebrousse-poil l’écologisme urbanisé de nos sociétés modernes, avec la mise en valeur de l’animal non apprivoisé ni servile, celui-là même que nos ancêtres ont représenté et honoré sur les parois des cavernes.

Zabala de la Serna, actuellement directeur de la section taurine du quotidien El Mundo, aborde un sujet très rebattu au XIXe siècle, mais qu’on traite aujourd’hui avec beaucoup plus de pudeur : le courage du torero en relation avec les autres valeurs, la difficulté pour le traducteur étant de ne pouvoir jouer sur le mot, puisqu’en espagnol valor désigne précisément le courage. Cette vertu est suspendue à la solitude du torero, lorsqu’il s’habille à l’hôtel et se profile dans l’arène. Elle infuse en réalité – nous dit Zabala – toutes les qualités dont il doit faire preuve, à commencer par les qualités d’artiste : il y a le courage qui permet de faire ce fameux pas en avant pour mieux sculpter la passe, et il y a le courage de celui qui s’impose de toréer avec lenteur. Il y a celui qui est nécessaire dans des lieux et à des dates particulières, comme les arènes de Las Ventas à la San Isidro, où le torero a affronté sa grande épreuve de 2008. Il y a, enfin, celui qui consiste à assumer une rivalité de tous les instants, mais aussi à rester fidèle par instinct à une règle de solidarité non écrite, lorsqu’on prend tous les risques pour sauver un compagnon dans les quites.

Plus profondes, souvent, que les blessures du corps sont pour le torero les blessures de l’âme. A la lumière du discours de José Tom‡s j’ai tenté de retracer cet itinéraire d’inquiétudes, de frustrations et d’aspirations.

Le doute, d’abord, au prélude de la faena qui prendra son essor ou, au contraire, restera à l’état de brouillon. Le doute qui s’installe après une blessure, se nourrit de ce passé mordant et se projette dans l’avenir : « mon corps va-t-il répondre ? Vais-je savoir, cette fois, résoudre la prochaine énigme de la bête, et retrouver le fil de la faena que je porte en moi ? »

Mais c’est la reconnaissance qui a le dernier mot. Sans ce taureau qui résiste, et parfois déchire, rien de cette œuvre et de ce bonheur n’est possible. Mais lui-même ne se révèle, ne s’accomplit que par le travail de l’homme. Ceci implique pour ce dernier une nouvelle anxiété, poignante surtout après un triomphe : le torero a-t-il su découvrir à temps tous les gisements de bravoure enfouis dans le taureau pour réaliser toutes les possibilités de son art ? Cette question est une blessure qui pour lui ne se referme jamais.

Ce qu'a dit José Tomás

Dialogue avec Navegante, Paris, 9/12/2013

José Tomàs, matador de toros

Buenas noches señoras y señores,

Hoy, antes de empezar a hablar, tendría que destocarme, como manda la tradición taurina cuando eres nuevo en una plaza. Es mi debut en París, aunque en un ruedo muy alejado del mío y por tanto no para torear, sino para presentar este libro que nació de una pequeña conversación que mantuve con el toro Navegante. Libro que contiene magníficos textos, de diferentes autores, relacionados con ese dialogo como ha explicado en su intervención François Zumbiehl  y que ahora ha sido traducido al francés.

Una tarde de Enero del año 1994, me encontraba muy lejos de aquí, en una pequeña plaza de toros de un costero pueblo mexicano, llamado Puerto Vallarta. Allí, todos los miércoles, se daban festejos taurinos en los que actuaban 4 novilleros en cada uno de ellos. El publico que acudía a ese bullring  la Paloma (  así se anunciaba en los carteles) era en su mayoría el que bajaba de los  cruceros que venían de Estados Unidos.

Aquella tarde uno de esos novilleros, jóvenes aprendices de torero , toreó de forma sublime, con la mano izquierda , a un novillo que tenia una embestida francamente buena. Yo estaba tan ensimismado contemplando aquella forma de torear, que incluso  en un momento creí que era yo mismo el que conducía la embestida. Cuando me pude dar cuenta, la plaza entera compartía aquellaemoción.

Al terminar la faena, me preguntaba como esas personas podían haber entendido algoque no habían visto nunca antes. Pasadas las horas , volví a recordar lo que había sentido. ¿ Seria lo mismo que  habían sentido ellos?.¿ Que era eso que transcendió desde el ruedo al tendido?

 Yo, en aquel momento, estaba asimilando lo que significaba ser torero .Iba madurando en mí la total convicción de que la relación con ese animal, el Toro, en aquel espacio circular, el Ruedo, era a la que iba a entregar mi vida.

Así lo hice y cuando Navegante llegó y me puso cerca de la muerte no fue una sorpresa, tampoco una frustración . Fue la constatación,  una vez más , de que había elegido con Conocimiento y Libertad el camino de mi Verdad.

Hoy, todavía me pregunto:

 ¿ Porqué el publico se emociona en una plaza de toros?

 ¿Porqué hay gente, que viendo torear, le encuentra sentido a su vida?

¿ Porqué estando lejos, le pierdo  el sentido a la mía?

¿ Porqué  la necesidad de estar tan cerca de ese animal?

Me pregunto :

 ¿Como un hombre puede mantener el cuerpo relajado ante la embestida amenazadora y violenta del toro?

¿Como consigue templarlo con  el trapo rojo, haciéndolo girar una y otra vez sobre su cuerpo ,formando esa espiral mágica en la que parece detenerse el tiempo?

¿Porque la reacción de un torero al caer no es otra que levantarse para volver a ponerse?

¿Porque duele más  no entender la embestida del toro, que la cornada?

¿De donde surge la entrega para darle todas las ventajas al rival?

Me pregunto por la raíz de ese instinto del toro bravo para acometer una y otra vez con bravura, hasta la muerte, convirtiéndose en el gran cómplice del nacimiento de este arte.

Y me sigo preguntando el ¿porqué? de tantas cosas………………

Algo que ha hecho el ser humano desde el principio de su existencia, necesitando respuestas que le hagan comprender el sentido de la misma.

Decía Albert Einstein: “ Lo importante es no dejar de hacerse preguntas”.

A pesar de conocer la respuesta a muchas de esas preguntas, me las vuelvo a repetir día tras día, conversando y compartiéndolas con todos los Navegantes con los que me toca lidiar. Hay algunas, en cambio, para la  que nunca he encontrado  la respuesta.

Si usted, Lector, encuentra respuesta a algunas de sus preguntas en las paginas de este libro, todos los que hemos participados en él nos daremos por satisfechos.

Vaya desde aquí mi más sincero agradecimiento ,por su desinteresada colaboración, a todos los autores, a la editorial Au Diable Vauvert.

 Y también, como no, a todos los toros y toreros que se han encontrado y se encontrarán en un ruedo, con diferente fortuna , pero con un solo fin-fundirse en un único ser para eternizar nuestras vidas a través del arte.

 

 

 

 

Dialogue avec Navegante, Paris, 9/12/2013

 José Tomás,matador de toros

Bonsoir Mesdames, bonsoir Messieurs,

Ce soir, avant de commencer à parler, je devrais me découvrir, comme le veut la tradition taurine quand on débute dans une arène(*). C’est le cas pour moi à Paris, et sur un terrain très éloigné du mien, car ce n’est pas pour toréer, mais pour présenter ce livre, aujourd’hui traduit en français. Il est né d’une petite conversation que j’ai eue avec le toro Navegante, et comporte des textes magnifiques de différents auteurs à propos de ce dialogue, comme vient de l’expliquer François Zumbiehl.

En 1994, une après-midi de janvier, je me trouvais très loin d’ici, dans une petite arène d’une ville mexicaine de la côte, Puerto Vallarta. Là, tous les mercredis, se donnaient des spectacles taurins auxquels participaient à chaque fois quatre novilleros. Le public qui venait dans ce « bullring », La Paloma – c’est ainsi qu’on le nommait sur les affiches –, débarquait le plus souvent des bateaux de croisière qui venaient des États-Unis.

Cette après-midi-là, un de ces jeunes apprentis toréa de sublime manière, de la main gauche, un novillo qui avait une excellente charge. J’étais si absorbé à contempler cette prestation qu’à un moment je crus même que c’était moi qui conduisais la charge. Quand je revins à la réalité, l’arène entière partageait cette émotion.

À la fin de la faena je me suis demandé comment ces personnes pouvaient avoir compris une chose qu’elles n’avaient jamais vue auparavant. Quelques heures plus tard, je me suis encore rappelé ce que j’avais senti. Avaient-ils senti la même chose ? Qu’était-ce donc ce qui, de l’arène, avait pu se transmettre jusqu’aux gradins ?

Moi, à ce moment, je commençais à comprendre ce que signifiait le fait d’être torero. Je mûrissais en moi la conviction, pleine et entière, que la relation avec cet animal, le Toro, dans cet espace circulaire, l’arène, était ce à quoi j’allais consacrer ma vie.

C’est ce que j’ai fait, et quand Navegantesurvint et me mit au bord de la mort, ce ne fut pas une surprise, ni une frustration. Ce fut la constatation, une fois encore, du fait que j’avais choisi, en toute connaissance et librement, le chemin de ma Vérité.

Aujourd’hui, j’en suis encore à me demander :

Pourquoi le public s’émeut dans une arène ?

Pourquoi certaines personnes, en voyant toréer, trouvent du sens à leur vie ?

Pourquoi, éloigné de l’arène, je trouve que la mienne a moins de sens ?

Pourquoi ce besoin d’être si près de cet animal ?

Je me demande :

Comment un homme peut garder son corps relâché face à la charge menaçante et violente du taureau ?

Comment il parvient à le templer avec le drap rouge, en le faisant tourner et retourner autour de son corps, et en dessinant cette spirale magique dans laquelle le temps paraît suspendu ?

Pourquoi la réaction d’un torero renversé n’est autre que de se lever et de se replacer ?

Pourquoi on souffre plus de ne pas comprendre la charge du taureau que de recevoir le coup de corne ?

D’où vient cet engagement qui fait qu’on laisse tous les avantages à ce rival ?

Et je continue à me demander le pourquoi de tant de choses…

C’est ce que l’être humain a fait depuis le commencement de son existence, cherchant des réponses qui lui fassent comprendre le sens de celle-ci.

Albert Einstein l’a dit : « L’important est de ne pas cesser de s’interroger. »

Bien que je connaisse la réponse à beaucoup de ces questions, je me les répète jour après jour, en conversant et en les partageant avec tous les Navegantesqu’il me revient d’affronter. Mais, pour certaines d’entre elles, je n’ai jamais trouvé la réponse.

Si vous, lecteur, vous trouvez une réponse à certaines de vos questions dans les pages de ce livre, tous ceux qui ont participé à cet ouvrage s’estimeront satisfaits.

J’adresse mes sincères remerciements, pour leur contribution désintéressée, à tous les auteurs, et aux éditions Au diable vauvert.

Comment ne pas remercier aussi tous les toros et tous les toreros qui se sont rencontrés et se rencontreront dans une arène, avec différents résultats, mais avec une seule finalité : se fondre en un être unique pour éterniser nos vies par le biais de l’art.

_______________

* Ici José Tomás, joignant le geste à la parole, a posé son chapeau sur une chaise pour respecter la tradition qui impose à un torero de se présenter tête nue dans une arène où il n'a jamais toréé.

En fin de soirée, après le départ de José Tomás qui devait quitter Paris pour regagner le Mexique, Denis Podalydès donnait la lecture de son texte inspiré et inspirateur, de ce "Dialogue avec Navegante".

 



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